Enquête/ Tunisie: La migration clandestine touche désormais les familles

Enquête/ Tunisie: La migration clandestine touche désormais les familles

Pas un seul jour ne passe sans que l’on entende parler d’une tentative de franchissement clandestin des frontières maritimes, à un tel point que désormais, ces informations sont devenues classées comment des nouvelles régulières, faisant même partie de la routine quotidienne. Des informations qui cachent entre ses lignes la souffrance de jeunes qui n’avaient d’autre moyen que des « barques de la mort » pour réaliser leur rêve d’une vie meilleure.

Même les dizaines de cadavres retrouvés sur les côtes ne les ont pas dissuadés d’aller vers l’inconnu, car partir vers un sort inconnu est devenu pour eux plus évident que la pauvreté et la marginalisation qu’ils vivent dans leur pays d’origine.

Le rêve d’arriver au vieux continent n’est plus exclusif aux jeunes, récemment, des familles entières choisissent de prendre le risque collectif au vu des « conditions de vie insupportables ».

La « migration clandestine » devenu « un projet familial»

Le rapport du forum tunisien des droits économiques et sociaux a récemment révélé que le phénomène de l’immigration clandestine s’est élargi aujourd’hui pour inclure différentes tranches d’âge et s’est transformé en « projet familial ».

Le rapport affirme le message circulé par des vidéos, qui sont devenues fréquemment courants sur les réseaux sociaux, où les migrants traversant les frontières maritimes choisissent de documenter leur évasion vers l’Europe.

Des vidéos qui, en partie, documentent des fuites en familles parmi elles, une vidéo diffusée hier montrant une famille tunisienne de 7 membres, la mère, le père, et leurs cinq enfants, dans une tentative de traverser la frontière maritime au bord d’un barque. Il s’est avéré que parmi les enfants se trouvait un jeune de 21 ans souffrant de maladies survenant suite à un accident récent.

Des séquences vidéo : un message de « victoire »

Dans une déclaration à « Lastnews », Romdhane Ben Amor, chargé de la communication du Forum des Droits économiques et sociaux (FTDES) a souligné que le nouveau phénomène des familles qui filment les opérations de franchissement clandestin des frontières tunisiennes est comme s’il envoie un message de « victoire » à l’Etat.

Notre interlocuteur a expliqué cette immigration des familles entières par la régression des services publiques tels que la santé, en plus de la crise politique et l’environnement politique déprimant en Tunisie.

«Les familles tunisiennes considéraient l’éducation comme un projet qui leur sert d’ascenseur social ou misent sur des petits projets, qui ne sont plus aujourd’hui un garant social», a ajouté Ben Amor.

Il a souligné que les familles sont désormais plus familiarisées avec les lois sur l’immigration, telles que la non-expulsion des mineurs, des femmes et des personnes âgées en vertu de la loi, qui a conduit de nombreuses familles au franchissement illicite des frontières maritimes.

Ben Amor a indiqué qu’on n’assure pas un encadrement psychologique ou social au les familles tunisiennes qui sont renvoyées après avoir contrarié leur franchissement illicite des frontières, en particulier les groupes vulnérables comme les mineurs, qui sont censés être suivis.

“J’ai choisi de traverser la frontière illégalement pour soigner mon fils “

Dans une communication téléphonique avec un père de famille tunisienne qui tentait de migrer clandestinement par barque vers l’Italie a souligné que le but ultime de cette tentative était d’assurer le traitement de son fils, surtout que les autorités compétentes n’ont fait aucune intervention ou encadrement pour la famille, soulignant qu’aucun responsable de l’Etat ne l’avait contacté.

“Notre situation est très mauvaise, alors j’ai acheté une petite barque après avoir collecté de l’argent auprès de mes voisins … Je suis maintenant en fuite et je n’ai aucune idée sur mon sort ni celui de ma famille”, a-t-il déclaré.

Augmentation des opérations clandestines

Il est à noter qu’au cours du premier semestre 2020, les opérations de franchissement des frontières avortées ont augmenté pour atteindre 236, contre 62 opérations mises en échec sur la même période en 2019, selon une étude récente publiée par le Forum tunisien des droits économiques et sociaux.

Le mois de juin a été témoin de la mise en échec de 119 tentatives de franchissement des frontières, contre 23 opérations en juin 2019, selon la même étude.

En revanche, le nombre de ceux qui ont traversé les frontières au cours des six premiers mois de l’année 2020 a atteint environ 3977 personnes contre 961 personnes à la même période l’an dernier. Le mois de juin a connu le plus grand nombre de personnes qui ont réussi de franchir les frontières, atteignant 1611 personnes.

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